03 juin 2006

PRIX DU DOCUMENTAIRE A MONTREAL


A la fin des projections, quelques personnes me remercient d'avoir fait le film. Je suis d'abord émue - une petite reconnaissance pour tout ce boulot, ce temps que j'ai passé en larmes devant l'odinateur à monter des morceaux de souffrance, des regards désemparés, des déclarations de politiciens cyniques, des mensonges meutriers, alors que j'aurais préféré parler de romances et d'aventures... Ensuite je suis surprise : je ne suis pas sûre de savoir ce que ces remerciements veulent dire. On verra plus tard.

Je viens d'apprendre que j'ai UN PRIX ! Ca me requinque. HOMELAND a un prix ex aecquo avec SI LATIF AVAIT RAISON de Joseph Ramaka. Il a fait une version de l'opéra Carmen, dansé Mbalax et produit par Daniel Toscan du Plantier.
Je suis à New York quand j'apprend la nouvelle. On va fêter ça, un peu... du vin... je suis contente mais bon restons calme, demain j'ai une projection avec des scolaires, alors je vais dormir tôt.

Le lendemain, quand j'arrive à la projection, une cinquantaine de gamins - de 9 à 13 ans - sont en rond. On vient de leur expliquer un peu le contexte du film, on leur a dit que le film venait d'avoir un prix... J'arrive et ils applaudissent. Ils ont l'air tout joyeux, enthousiastes et du coup, je suis joyeuse et enthousiaste, je plane completement, je leur parle du film, je fais tout pour les rassurer sur le destin des personnages - ils vont tous bien !- ils le voient, ils posent plein de questions très pointues, et après il viennent me serrer la main, en se présentant - leur nom, leur classe - Mais quel public !!!!

IL PLEUT SUR MONTREAL, COMME IL PLEUT A KIGALI

A Montréal, on projete Un dimanche à Kigali. Une histoire d'amour sur fond de génocide. Le festival montre une bonne demi-douzaine de films tournés ou portant sur le Rwanda. Je suis contente de voir que le Rwanda, le génocide, les tentatives de comprendre et de raconter ne sont pas entérrées au fin fond de l'actualité média et cinéma. Peut être la culpabilité ? Ou la quête de la bonne histoire ? Ou le désarroi ? Il n'arrete pas de pleuvoir sur Montréal. Comme au Rwanda à la même période, avril. Mais ici il fait plus froid. Dans la salle, les questions sont timides. Hors de la salle, les contacts et les récits sont plus insistants. Comme si tout ça ne pouvait se faire qu'en intimité. Il est vrai qu'ici aussi les récits sont terribles. Lucie, jeune retraitée quebecquoise est entrain d'adopter une jeune rwandaise, maman d'une petite fille adorable. La petite fille est le fruit d'un viol collectif. Lucie est venue voir le film et me remercie de l'avoir fait. Je suis émue. Je m'assied. J'oublie le cinéma. Lucie me raconte les difficultés de vivre de sa fille adoptive, la difficulté d'instorer une relation de confiance. L'alcool festif et désespéré, les amours décousus - Comment vit-on une histoire d'amour après un viol collectif ?